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01. Ouverture (Deus Ex Machina)
02. Menace majeure
03. Temple en cuir
04. Elle gouverne les ruines
05. Démarrez vos moteurs
06. Requiem au néon
07. Sanctuaire de fer
08. Les marginaux / Les rebelles
09. Accélérez ou périssez
10. La fin terminée

Le détournement grand public a peut-être accéléré l’éclatement de la bulle synthwave, mais la partie la plus dure et la plus favorable au métal de ce sous-genre continue de prospérer. CHARPENTIER BRUT est en tête du peloton depuis que ce son est devenu omniprésent dans les cercles underground, et tandis que ses collègues pionniers PERTURBATEUR et GOST ont tous deux trouvé des moyens distincts de s’écarter du plus petit dénominateur commun,« Temple du cuir » suggère que le géniteur le plus ridiculement grandiloquent de Darksynth s’est simplement consacré à devenir plus grand, meilleur et plus audacieux. Il ne s’agit pas tant d’un grand pas en avant que d’une consolidation méticuleuse des réalisations passées,Franck Huésole quatrième album de – et le troisième opus culminant de son« Cuir » trilogie – s’en tient à ce que nous savons mais le fait avec une intensité renouvelée.

Toujours déterminé à explorer les possibilités cinématographiques,CHARPENTIER BRUT commence « Temple du cuir » avec une ouverture opulente qui aurait facilement pu être récupérée par ROI DIAMANT ou une autre entité gothique adjacente à l’horreur. Un rot robustement théâtral de cordes synthétisées, de chants choraux et d’un assortiment de signifiants pompeux, il mène parfaitement à « Menace majeure »: une encapsulation tonitruante et mutant-disco du BRUT formule, rétro-futuriste et dancefloor liée à un défaut, et un retour soigné à la techno percutante et astucieuse de la fin des années 90. Le lien de Synthwave avec le métal a toujours été esthétique plutôt que spécifiquement musical, mais il y a une grande puissance dans ces grooves de synthé déferlants, et le sentiment que tout cela sonnera encore plus écrasant dans l’arène live. La chanson titre répète le tour, avec des rafales de mélodies robotiques aiguës, avant « Elle gouverne les ruines » arrive en force, un flou immaculé de graves nivelant les haut-parleurs, des mélodies aux bords dentelés et un arrangement formidable et maximaliste qui remplit chaque centimètre carré d’espace d’une matière électronique pétillante.

Par la suite, « Temple du cuir » passe à travers les engrenages, abordant la techno d’arène à gros budget avec un ventre gothique ( « Démarrez vos moteurs »), une grandeur pessimiste mariée à des crochets synth-pop géants et joyeux ( « Requiem au néon »),un électro-rock vorace qui se délecte d’une densité symphonique ( « Sanctuaire de fer »), et des rythmes psychoactifs hyperactifs avec une attitude morveuse et punk rock (« Les marginaux / Les rebelles »). Tout existe confortablement dans les mêmes limites sonores, et tout coule avec sa propre logique interne myope.CHARPENTIER BRUT a réduit les collaborations avec des stars invitées cette fois-ci, et le résultat est un disque plus cohérent que l’un ou l’autre« Dents de cuir » ou« Terreur du cuir ». L’inconvénient est que plusieurs moments occupent le même terrain stylistique sans aucun écart évident avec la norme synthwave, mais comme pour les versions précédentes, l’identité musicale du Français est si forte qu’il est difficile de résister même à ses créations les plus prosaïques.« Vitesse ou périssance » est une démonstration particulièrement efficace de ce qu’est ce projet, ses aspects durs et son élan puissant se révélant plus que suffisamment charismatiques pour justifier une approche simple. De même, la clôture« La fin terminée » – malheureusement, pas unNÉCROLOGIE cover – illustre l’élégance et la beauté qui se cachent souvent au cœur de cette musique, évoquant un paysage synthétique onirique et glacial qui porte légèrement mais clairement sa dette envers les bandes originales de films d’horreur.

Le point d’époque à la fin d’un voyage de trois albums,« Temple du cuir » marque la fin d’une époque pourCHARPENTIER BRUT. Ce qui se passera ensuite est sujet à débat, mais après avoir habilement résumé ainsi sa propre carrière,Huéso serait bien avisé d’explorer les confins du monde sonore autonome de synthwave plutôt que de fouler à nouveau le même terrain. Quoi qu’il en soit, c’est une autre déclaration convaincante.