.:.Chronique.:.

Pochette

Diodes, The

Tired Of Waking Up Tired

[Sony Music::2004 (réédition 1977-79)]

Le punk a eu des foyers pour le moins inattendus : l’Australie avait les Saints et les Victims, la France Métal Urbain, l’Allemagne DAF première mouture, et la réédition des magnifiques Kleenex Girl Wonder sur Kill Rock Stars nous a montré que même la Suisse n’était pas en reste. Mais sans doute l’exemple le plus édifiant nous vient-il du Canada. Quelques années après sa première formulation, le rock métallique des Stooges et autres MC5 avait créé une onde de choc qui dépassait largement les seules frontières du Michigan : un peu plus haut, quittant un instant les usines automobiles en pleine récession, sur la rive opposée des grands lacs, Nazi Dog des Viletones éructait sa bile rageuse le temps des bouillonnants « Screaming Fist » ou « Swastica Girl ». Plus intéressant encore, à l’ombre de ses tours aseptisées, Toronto nourrissait l’une des ses plus passionnantes vipères : les Diodes. Ce qu’on retient à leur charge : deux albums et quelques singles, compilés dans leur intégralité sur ce CD, qui malgré ce que la pochette pourrait laisser penser, n'est pas un best of, mais bien une intégrale. De « Noise is the new religion » à « Time Damage » en passant par « Death In The Suburbs », les Diodes avaient défini l’esthétique punk avec une science de la formule et de la concision qui semble avec le recul au moins aussi tranchante et influente que ce qu'ont pu produire les Ramones à la même époque. Au rock primitif et énergétique de ces derniers ils ajoutent en effet une dose de sensibilité qui annonce à bien des égards le trouble proprement adolescent des Buzzcocks ou des Undertones : « Elles osent se montrer dans les magasins de bouffe bio/Toutes ces vraies blondes que tu adores détester » chantent-ils sur « Plastic Girls », ancêtre désœuvré du classique « Teenage Kicks ». Leur premier single, une reprise effarante de « Red Rubber Ball » (du groupe de pop 60’s les Cyrcles), sorti discrètement début 1977, quelques mois avant le premier album, donne le ton : un sens de l’accroche pop jamais démenti par la suite, une production clean mais sèche et nerveuse, un jeu de guitare lourd et infectieux, une rythmique musclée et surtout une voix qui transpire le désarroi, la lassitude ; du rock de losers, par des losers, pour des losers. Le paradigme le plus pur et dur du punk-rock pour moins de 10 euros, et ce même si la durée (75 minutes tout de même) dilue un peu l’impact d’un premier album resté exemplaire. Passé cela, « Tired Of Waking Up Tired » est un classique new-wave pop, et « Release », le deuxième album est un peu leur « Hypnotised », pour continuer la filiation avec les Undertones : pas de changement radical dans la formule, mais les éléments mélodiques sont mis en avant avec une éloquence plus proprement pop. Vous attendez quoi ?

note : 9.5

par romain, chronique publiée le 13-05-2004

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