.:.Chronique.:.

Pochette

Emboe

Alèa Deluxe

[Zéro Egal Petit Intérieur / Atypeek Music::2017]

Est-ce qu'un disque d'Emboe ressemble à un autre disque d'Emboe ? Non. En suivant la carrière du bonhomme et en voyant son activité sur les réseaux sociaux on se dit qu'il ne peut en être autrement. L'homme ne se cache pas derrière une chapelle en particulier et considère que l'on peut autant écouter du Charles Mingus que du Drive Like Jehu en passant par du Depeche Mode, du Aphex Twin ou du Rihanna (qu'il n'a pas hésité à reprendre). Et encore, on résume car ce qui passe entre les oreilles d'Emmanuel Bœuf n'a pas de limites. Condenser toutes ses influences discographiques serait un peu vain. C'est sans doute pour cela qu'il prend des formes différentes pour faire les disques de ses envies. Aléa Deluxe est l'une de ces envies. Une folle envie même. Alèa est d'abord une suite de quatre eps qui se retrouvent ici regroupés agrémentés de onze inédits pour former ce Alèa Deluxe comme pour sonner la fin de la récréation. Emboe délaisse ici sa guitare pour faire une plongée en apnée dans le vaste monde de la musique électronique. Et Emboe aime quand celle-ci est retorse, froide, angoissante et prenant aux tripes. De fait, Alèa Deluxe n'est pas fait pour les fans de David Guetta mais bien pour ceux de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire ou Greater Than One. Cependant, Alèa Deluxe va au-delà du spectre indus / post-indus. Emboe s'autorise à des incursions vers d'autres territoires quelque part entre le down tempo, le hip-hop, l'IDM ou la pop électronique. En fait, ici, Emboe est difficile à cerner tant il prend des chemins différents, non pas parce qu'il a envie de nous perdre mais bien parce que sa soif d'expérimentations se révèle des plus larges. Si Alèa Deluxe peut s'apparenter à un disque un peu fourre tout il est aussi une belle approche de ce que peut être la musique électronique quand elle se veut audacieuse. Emboe ne prétends pas être au-dessus de tout ce qui a pu se faire jusqu'ici mais il tente de rendre justice à ceux qui pendant des décennies ont donné leurs lettres de noblesse à un genre souvent décrié par certains puristes d'une musique trop encadrée qui la qualifièrent de sans âme. Aujourd'hui on n'entend plus vraiment ces puritains dont les cris d'orfraie ont fini par se perdre dans la nébuleuse internet (je parle d'internet parce que sur les autres supports la musique n'est plus qu'un cadavre putréfié). Emboe nous rappelle très justement ici que la musique électronique est à multiple facettes et qu'il est inutile de la résumer à quelques clichés qui, de toute façon, n'ont plus lieu d'être aujourd'hui. Alèa Deluxe est comme une piqûre de rappel, salvatrice et nécessaire. En attendant la prochaine révolution électronique...

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 09-11-2017

A voir également :

https://emboe.bandcamp.com/

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