.:.Chronique.:.

Pochette

English, Lawrence

Kiri No Oto

[Touch::2008]

Expert en musiques polaires, Lawrence English sonde une fois de plus les abysses. Pour être plus précis, il plonge en plein brouillard. En effet, le titre du disque ne veut rien dire d'autre que «le son de la brume». Disque de dark ambient aux intonations noises, Kiri No Oto a été enregistré, comme bon nombre de ses prédécesseurs, aux quatre coins du monde. Pour autant quel que fut l'endroit où les morceaux furent conçus, Lawrence English s'est attaché à leur donner la même consistance. Kiri No Oto est plein de mystères et on avance avec lui avec une prudence quasi sereine. Disque apologitique de la lenteur et d'ambiances monolithiques, l'environnement sonore utilisé ici ne nous est pas étranger. On remarque simplement que Lawrence English fait se rencontrer une ambient sorti des profondeurs et l'âpreté d'une musique industrielle aussi retors que absente de toute chaleur. C'est comme si l'immensité de l'océan intégrait le plus naturellement du monde une force mécanique puissante mais qui avancerait avec une vitesse minimale et déterminée.On peut s'imaginer un brise-glace pénétrant irrésistiblement les étendues arctiques au beau milieu d'un fog épais qui ne dévoilerait absolument rien.

L'avantage avec Lawrence English est bien là. Sa musique est tellement évocatrice qu'on peut laisser libre cours à notre imagination lorsqu'on l'écoute. Cette sobriété alliée à une occupation totale de l'espace lui permet une certaine souplesse. Une souplesse qu'il faut pourtant bien expliquer. En effet il aurait été tellement plus simple pour English de se borner à des nappes froides qu'il aurait pu moduler selon son bon vouloir. Lui, il alterne entre sérénité vaporeuse et séquences de bruitisme maîtrisées qui donnent ce côté si inquiétant et angoissant. En soit on ne fera pas de grandes découvertes ici mais là n'est pas l'essentiel. Tout l'intérêt de Kiri No Oto passe par les émotions qu'il nous apporte, par sa profondeur et sa sombre exploration d'environnements hostiles. En cela Lawrence English est tout à fait fascinant. Poursuivant la même logique que sur ses efforts précédents (on se souvient de Happiness Will Befall et de For Varying Degrees Of Winter), l'australien se pose comme un maître du genre avec la consécration de voir son travail publié sur le label le plus exigeant et le plus reconnu : Touch.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 21-03-2009

A voir également :

http://www.lawrenceenglish.com/

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